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Don Quichotte

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Un vrai héros de mon enfance, dans la campagne normande et pourtant, c’est si loin de l’aride territoire de Don Quichotte. La folie de ses assauts, l’absurdité comique mêlée à une conviction admirable, rien ne ressemblait à ça. Une ouverture de champ fabuleuse ! Et puis sa rossinante, et son fidèle et gras Sancho, sur son petit âne ! J’avais tout ça très bien imprimé dans la tête, qualité photo ! je ne pouvais le manquer et dès que j’ai eu assez de maîtrise en soudure, assez confiance dans mon oeil avec le métal, la réalisation s’est imposée.

Un long travail sur Rossinante : la jument, si maigre, a été l’occasion d’élaborer la lecture contemporaine du quatuor, que je souhaitais faire.

Dans notre société de consommation, la folie utopique de Don Quichotte n’a pas la même résonance et, pourtant, Don Quichotte apparaît souvent dans les propos médiatiques ou singuliers, et souvent, à son avantage.L’association «Don Quichotte» pour les SDF du canal St-Martin à Paris, avec l’idée des tentes alignées le long de l’eau, le nom a beaucoup fait, me semble-t-il, pour accroître et imposer l’impact. L’acharnement fou, l’absence de peur du héros Don Quichotte impressionnent peut-être.Notre société, souvent collée à la consommation, a perdu son idéologie et les élans généreux qui allaient avec. Les «bases», pour manifester et soutenir les convictions politiques, se sont évanouies, rétrécies, ou amollies en même temps que la pertinence des idées dans notre siècle ou encore la promotion de l’objectif «revenu».

Dans mon langage de sculpteur, j’ai donné à Rossinante, la base du cavalier, une position récalcitrante, la tête tournée vers son maître et le corps loin de la position du galop. De plus, pour renforcer son allure efflanquée, j’ai tenté, c’était pour moi une première, d’écrire sa forme globale avec les seules tiges de fer à béton de 10 mm. J’ai progressé avec l’interrogation suivante : quel est le minimum de matière pour que le volume soit perçu et interprété comme je le souhaitais. La capacité du regardant à compléter les données sans hésitations ni ambiguïté m’a étonné. Don Quichotte, sur Rossinante, avec ses plaques de tôles et sa détermination verticale, prend toute sa force et sa dimension sur une monture réticente, mais que le regard traverse aisément.

Dans la mise en scène choisie pour l’installation sur le parvis de la gare à St Pierre des Corps, en septembre 2005, Sancho Pança chemine à l’écart de son maître. Lui aussi prend « de la distance » relativement aux exploits de son utopiste de maître. Il se détourne même un peu, pour consommer un sandwich, et ce n’est pas le premier, si on s’attarde à regarder son assise sur l’âne et ses bourrelets généreux. Le compagnon de route a changé.
Dans un premier temps, j’avais cherché l’équivalent à notre époque de ce moulin à vent que le héros fougueux entreprend avec sa lance. Je n’avais trouvé que la métaphore des « affiches publicitaires ». Sancho Pança en transportait sur la croupe de son âne et l’affiche visible portait un numéro illisible et incommensurable à 21 chiffres !
J’ai supprimé cette métaphore, trop peu comprise et décalée par rapport à la matière sculpture, langage plastique et messages complexes ne font pas toujours bon ménage.
Depuis deux ans, Don Quichotte et Sancho Pança continuent de voyager sur ce parvis de la gare, tournés vers le sud-ouest. Ils ont adopté la place et réciproquement. La résonance très positive des oeuvres dans le lieu a convaincu la ville, aidée par la SNCF, de l’acheter pour les rendre permanents sur cette place, où elles sont respectées par tous, habitants ou voyageurs.

Pour terminer je voudrais conter une histoire vraie, plaisante et impressionnante.
En sortant du train de Paris, ma surprise a été grande de voir une quarantaine de personnes en costumes folkloriques autour de mes deux sculptures. En avançant, j’ai vu un appel de la main de la Sénatrice-maire de St Pierre des Corps et de son adjointe, venues accompagner une troupe d’espagnols de Séville dans une aubade, pour annoncer un spectacle de l’après midi.
Après présentations, contacts et échanges très agréables et sympathiques, tout le monde semblait heureux, les espagnols de voir leurs héros si présents, le sculpteur de sentir la force de l’imaginaire vivant à partir de ses oeuvres et les responsables municipaux de présider une telle rencontre…
Tout d’un coup, j’ai perçu Sancho Pança vêtu des costumes folkloriques et entouré de rires de plaisir ! Don Quichotte lui, restait seul et imperturbable, sur Rossinante.Etonné de la différence de traitement entre les deux, j’ai questionné le chef d’orchestre (professeur d’histoire de l’art dans sa ville !). Il m’a répondu d’un seul trait, en affirmant que toucher à Don Quichotte, même quelques siècles après, restait impensable. Sancho, lui, l’homme du peuple, était des leurs…

Une preuve en 2005 de la force de l’imaginaire culturel…

Pour finir, une autre scène : trois jeunes espagnols. Photos : les garçons devant Sancho Pança, la fille au pied de Don Quichotte… et personne pour répondre à la question !